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Christophe Guilluy, le peuple et la grande aliénation matérialiste

Par

Rémi Carlu

Publié le

10 novembre 2022

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Essais-Guilluy(c)Philippe Matsas Flammarion

Après la « France périphérique » et les « gens ordinaires », Christophe Guilluy adopte une nouvelle terminologie, les « dépossédés », pour décrire cette France des marges qui gronde d’avoir été dépouillée socialement, politiquement et culturellement – moyen aussi pour lui de redonner à cette France d’en bas une unité sociologique qu’il juge plus réelle que l’atomisation induite par l’« archipel français » de Fourquet (se rejoue ici le vieux débat sur la conscience de classe).

Comme toujours, et c’est son grand intérêt, le géographe examine à la loupe des phénomènes sociologiques qui autrement passeraient sous les radars de l’intelligentsia. Il se penche sur la lente privatisation des littoraux (après celle des centres-villes) par le double phénomène de gentrification/airbnbisation qui relègue les classes populaires dans les territoires intérieurs loin de tout, puis rappelle que les banlieues sont elles, malgré les pleurnicheries, en phase d’ascension sociale : la mobilité sociale dépasse 40 % en Seine-Saint-Denis contre moins de 25 % dans la Creuse. Au fond, il nous réapprend l’importance des distances physiques, quand la modernité promettait de les abolir par l’automobile. Mentionnons d’autres remarques très justes sur la révolte des élites (mais on le sait depuis trente ans avec le livre éponyme de Lasch), sur le verbiage technocratique qui brouille tout, sur l’« abstinence sociale du monde d’en haut » ou sur la diabolisation médiatique des petites gens. Sa conclusion est limpide : les gens ordinaires se révoltent légitimement pour préserver un mode de vie qui peu à peu s’évapore.

Jamais une quelconque critique de ces gens ordinaires n’est esquissée, comme si tout ce qui est populaire était légitime parce que populaire sans que ne se pose la question du bien

Toutefois, et quoique l’auteur répète à longueur d’entretiens qu’il n’idéalise les classes populaires ni ne vomit les élites, son ouvrage verse dans les facilités marxistes les plus binaires, en opposant deux cents pages durant les gens ordinaires tout beaux tout propres aux méchantes élites – auxquelles il prête d’ailleurs une unité factice. Jamais une quelconque critique de ces gens ordinaires n’est esquissée, comme si tout ce qui est populaire était légitime parce que populaire sans que ne se pose la question du bien ; or, par souci de lucidité, il nous faut reconnaître leur part de responsabilité dans cette modernité qui déraille car ils en ont embrassé le rêve parousiaque au mépris des sagesses antiques. [...]

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