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Comment Mickey a niqué le cinéma

Par

Arthur de Watrigant

Publié le

4 novembre 2020

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Ce mois-ci pas de film pour Monsieur Cinéma. Non parce que les sorties des films annoncés se révèlent chaque jour plus incertaines, et ce malgré les supplications des exploitants, des producteurs, des critiques, des attachés de presse (certains d’ailleurs tout heureux d’enfin tenir avec la Covid-19 une excuse pour ne pas nous montrer leurs films) et de tout ce beau petit monde, en somme, qui vit des salles obscures mais parce que l’annonce d’un des gros mastodontes de l’industrie du cinoche a fait l’effet d’un coup de tonnerre, une révolution XXL à reléguer les scandales de Cannes du côté de l’anecdote.

Un quart du marché pour l’empire

« Compte tenu de l’incroyable succès de Disney + et de nos plans pour accélérer notre activité directe aux consommateurs, nous positionnons notre société pour soutenir plus efficacement notre stratégie de croissance et augmenter la valeur pour les actionnaires », a déclaré Bob Chapek, PDG de Walt Disney Company. Une réponse à la Covid ? « Je ne le qualifierais pas de réponse à la Covid », affirme l’intéressé, « je dirais que la Covid a accéléré la vitesse à laquelle nous avons effectué cette transition, mais cette transition allait se produire de toute façon ».

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L’idée était bien avancée, la crise sanitaire aurait juste accéléré le processus. On ne peut guère lui en vouloir en ces temps particulièrement compliqués. Tenet de Christopher Nolan, annoncé en août dernier comme le sauveur du cinoche mais qui a déjà bien du mal à se sauver tout seul, est devenu le pire leader du box-office depuis 1988 d’après Forbes. Pas de quoi rassurer les exploitants. Si la fréquentation des salles obscures est en croissance depuis 2000 avec même, l’année dernière, des recettes records (42,5 milliards de dollars), les superproductions, et plus particulièrement les franchises, vampirisent tout, les budgets comme la corbeille. En 2015, quatre films dépassent le milliard de recettes : Star Wars : Le Réveil de la force, Jurassic World, Avengers : LÈre d’Ultron et Fast and Furious 7.

C’est là qu’est l’os, hélas. Walt Disney est le distributeur de Stars Wars et d’Avengers. Déjà propriétaire de Pixar, de Marvel Studios, et de Lucasfilm, la firme aux grandes oreilles a racheté la 20 th Century Fox en 2019, propriétaire des franchises X Men, Alien, Kingsman, Avatar mais aussi des films d’animations comme Rio, L’Âge de glace ou LÎle aux Chiens, soit environ 40 % des recettes du Box-Office américain. D’après Yves Sutter président du Syndicat des Cinémas de l’Ouest, « Les films Disney, en 2019, c’est 49 millions d’entrées en France, 23 % du marché ! »

Avec déjà plus de 100 millions d’abonnés sur leurs trois plateformes de streaming et propriétaire de plus d’un tiers du catalogue des superproductions au cinéma, Walt Disney Company semble décider à voler seul, quitte à abandonner les salles obscures à leur naufrage

Streaming partout, ciné nulle part

Si les multi-rebondissements de la sortie du remake de Mulan répondent à la crise sanitaire – le film était annoncé au départ en salles pour mars 2020 puis reporté pour finalement atterrir directement sur leur plateforme Disney + en décembre prochain, la décision de sortir Soul, le nouveau film Pixar, directement sur Disney +, semble vérifier le virage de l’entreprise vers le seul streaming. « Gérer la création de contenu distinctement de la distribution nous permettra d’être plus efficaces et agiles pour créer le contenu que les consommateurs désirent le plus, livré de la façon dont ils préfèrent le consommer », explique Bob Chapek.

Traduction : on supprime tous les intermédiaires, salles comme DVD. Avec déjà plus de 100 millions d’abonnés sur leurs trois plateformes de streaming (Hulu, ESPN + et Disney +) et propriétaire de plus d’un tiers du catalogue des superproductions au cinéma, Walt Disney Company semble décider à voler seul, quitte à abandonner les salles obscures à leur naufrage.

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