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Éditorial culture de mars : La théologie des imbéciles

Par

Romaric Sangars

Publié le

3 mars 2023

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culture

Je ne connaissais pas Laélia Véron et à vrai dire, elle ne manquait pas à mon existence, mais la perversité des algorithmes m’a mené à découvrir l’une de ses interventions, sur France Inter, où, dans une émission de Charline Vanhoenecker (cette femme à elle seule justifierait la vitrification de la Belgique – Bernard Quiriny fait contre-poids), cette socio-linguiste justifiait l’usage de « du coup », enfin plutôt l’abus de cette locution, avec des arguments de statisticienne athée. C’est fou ce que ces gens qui apprennent à compter à trente ans en tirent une confiance étonnante en leur intelligence.

La jeune femme moquait Le Figaro et l’Académie (quelle rebelle – depuis la radio d’État en plus !) insinuant que ceux qui déplorent la diffusion de ce tic verbal seraient de vieux frileux grincheux paranoïaques, et un peu ignorants aussi, parce qu’elle et ses potes, qui font des enquêtes sérieuses, ont pu remarquer que, dans la pratique : les tics fluctuent. On ne voit pas trop le rapport. La question était d’éviter un avilissement de la langue, Laélia nous répond qu’il est relatif, et elle a l’impression, avec un tel constat, d’écraser par sa rationalité les craintes injustifiées de ceux qui s’intéressent au niveau objectif de l’expression, notion qui, évidemment, échappe totalement à sa petite grille de lecture de militante LFI. Quand on lui expose que ce n’est pas français, Laélia Véron ricane avec suffisance : « C’est quelle langue alors ? »

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Laélia, qui s’affirme à la fois féministe, anti-patriarcat et islamophile, n’est pas toujours très rationnelle, aussi faudrait-il lui expliquer les choses en surlignant.Si l’on compare « du coup » au viol, par exemple, et il n’est pas absurde de considérer l’abus de cette tournure comme un genre de viol de la langue française, eh bien, ce n’est pas parce que le viol, comme « du coup », est une expression à la mode, que c’est une expression légitime. Ce n’est pas parce qu’il y a pénétration, que c’est un acte d’amour (« Si ce n’est pas faire l’amour, c’est faire quoi alors ? » devrait-elle ricaner). Ce n’est pas parce qu’elle est possiblement transitoire, cette expression, qu’elle est anodine et que l’on devrait ne compter pour rien la souffrance des femmes violées durant l’épisode où cette pratique ferait fureur.

La France a été forgée par le feu des poètes, des prêtres et des guerriers. Trois incarnations de la transcendance que revendiquait Baudelaire. Elle se défait dans le ricanement des humoristes, les courbes des sociologues et les borborygmes mielleux d’un pop-rap globalisé, ce qui constitue l’essentiel des programmes. Le modèle français, unique, s’est rapidement élaboré comme centraliste, élitaire, rayonnant. Une élite courtoise, chevaleresque, aristocratique, qui a du temps libre pour s’employer à ça, invente des modalités supérieures d’expression, de manières, de sensibilité. Le résultat, souvent tiré de l’effort d’une province, voire d’un pays limitrophe, est officialisé par Paris et répand partout son influence. Trois siècles après, le baiser d’une boulangère lorraine n’a pas la même saveur.

Notre unité a été fabriquée par la politique et la langue, par le génie de nos écrivains, ce qui lui a valu aussitôt un relief universel, et la Coupole est un écho de l’anatomie spirituelle particulière de la nation française

Ce modèle a ses limites et ses revers, comme tout modèle, il n’en a pas moins fait de notre pays un conservatoire pour tous les peuples du monde. Notre unité a été fabriquée par la politique et la langue, par le génie de nos écrivains, ce qui lui a valu aussitôt un relief universel, et la Coupole est un écho de l’anatomie spirituelle particulière de la nation française. Une certaine pratique de la sociologie marxiste s’acharne aujourd’hui à dévaster cet édifice en interprétant ces siècles d’efforts collectifs uniquement sous le prisme d’un rapport de domination au détriment des prétendus dominés, et sans voir dans quel état de sauvagerie, d’abaissement et d’ignorance, ces derniers seraient restés sans ce formidable élan auquel eux-mêmes aspiraient.

Cette sociologie oppose en permanence la matière à l’esprit et le nombre à l’intelligence. Elle justifie n’importe quoi au prétexte que cela existe et dévalue les biens les plus sacrés simplement parce qu’elle manque de critères pour les estimer. Elle travestit son nihilisme en distance critique et ne connaît que le monde, le présent et les masses. Trois graphiques lui suffisent pour tout réduire du mystère de l’aventure humaine et de l’expansion de l’univers, et donc tout expliquer. D’où son optimisme féroce et suicidaire. Du coup, ce serait bien d’en finir avec cette théologie des imbéciles.


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