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Éditorial idées d’octobre : La mort ?

Par

Rémi Lélian

Publié le

4 octobre 2022

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mort

On ne sait pas très bien ce que c’est et lorsqu’on croit y être confronté, on ne se retrouve confronté qu’à son absence et à rien d’autre puisque selon la sagesse matérialiste « quand elle est là, je n’y suis pas blablabla… » Du point de vue religieux, elle semble ne pas exister, simple mot pour désigner une séparation entre deux mondes, un instant après quoi la vie reprend ses droits dont on ne sait même pas s’ils auront été vraiment suspendus. Pour la science, on dégage un consensus : l’observation de quelques phénomènes irréversibles qui entraîneront la décomposition des chairs. Définition assez pauvre qui laisse encore la place à mille rêveries ontologiques dont aucune n’affronte l’enjeu de la mort. De la récapitulation dans le grand Tout cosmique via le fumier à la perpétuation par la mémoire, dans l’art ou dans la descendance, selon un héroïsme ou une monstruosité d’ampleur suffisante pour marquer l’histoire, nuls de ces différents subterfuges psychologiques ne prend en compte cette hypothèse : et si nous devions vraiment mourir ? Après tout, on peut bien imaginer que Dieu n’existe pas ; combien de malheureux morts dans l’indifférence la plus totale, dont la mémoire ne se perpétue pas au-delà de ceux qui ont participé à jeter leur cadavre dans la fosse commune ? Quant à l’humus ressuscité dans la plante qui s’acclimate au soleil, qu’en sera-t-il quand il n’existera plus ni nébuleuse, ni espace ni temps, et que pas même une onde ne continuera à vibrer ? Alors toutes choses seront mortes.

Nuls de ces différents subterfuges psychologiques ne prend en compte cette hypothèse : et si nous devions vraiment mourir ?

Pour autant, cela ne nous traverse pas vraiment l’esprit, et on vit convaincus que la mort arrivera en son heure, le plus tard possible, et que, quoi qu’il en soit, sous une forme ou sous une autre, il n’y aura pas rien. On a beau avoir vu ses proches mourir, savoir les civilisations mortelles, entendre les historiens nous raconter qu’il est des choses disparues à jamais, on croit toujours en un sursaut, en une potentielle seconde de plus, en un deus ex machina, car l’idée du bond dans le néant ne s’impose pas de façon aussi simple. Il suffit d’observer l’espérance transhumaniste en la vie humaine étendue sur des siècles, la négation du réchauffement climatique qui s’arcboute toujours sur la conviction d’une économie naturelle nécessaire et certaine harmonieusement mise en branle par l’ordre cosmique, pour comprendre que l’idée de la mort nécessite un effort de la conscience et de la raison, qu’elle est, somme toute, contre-intuitive. On sait la mort de nos proches possible, parce qu’on les a vus mourir, sans quoi nous n’y croirions pas, on sait la mort des civilisations parce qu’Athènes et Rome et les Aztèques après eux, mais la mort de l’homme et celle du monde dont il a pourtant bien fallu qu’il commence et qui a commencé avant l’homme, on n’en sait rien et on n’y croit pas. Il faut dire que la mort ne s’impose à nous que sous sa seule forme matérielle, que, pourris jusqu’à l’os par ce que nos yeux de chairs voient, elle seule nous obsède de telle sorte que la persévérance sous la forme de l’engrais suffirait à nous consoler – faute de mieux.

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En réalité, on s’intéresse peu à la mort spirituelle, peu à la mort en tant qu’elle est une possibilité, non pas seulement biologique, mais métaphysique. On s’intéresse peu au devenir de notre âme tant que les bars demeurent ouverts et qu’on peut continuer à dégazer tranquille dans les océans puisqu’au fond la mort n’existe pas, croit-on, et que si elle existe, on ne l’envisage pas, on la refuse, on préfère à son éventualité le déni qui n’y changera rien. D’ailleurs, sans doute la génétique nous sauvera-t-elle de la mort physique, le nucléaire, l’humanité du réchauffement climatique qui la menace, on aura alors tout le loisir de ne plus penser à la mort, nous serons enfin comme des dieux dans le Jardin d’Éden, comme Adam et Ève à l’instant du péché originel quand ils connurent pour la première fois ce qu’ils ignoraient : la mort.


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