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Frédéric Cabrolier : un RN au pays de Jaurès

Par

Gabriel Robin

Publié le

27 juin 2022

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cabrolier

Vous vous attendiez à gagner ? Diriez-vous que c’est le triomphe de la persévérance ?

Vous savez, je ne me suis jamais forcé à persévérer. C’est dans ma nature. Quand je subis une défaite, je rebondis et je tente de faire mieux la fois suivante. Ca vient de mon amour du sport et de la compétition. Ma victoire est une leçon de vie qui va au-delà de la politique : quand on veut, on peut. Surtout, quand on a à cœur de défendre sincèrement les intérêts des Français, on finit par le faire comprendre à nos compatriotes. Issu d’une famille d’Aveyronnais de Paris, je suis redescendu dans le sud-ouest à l’âge de 22 ans pour effectuer mon service militaire en tant que policier auxiliaire à Carcassonne. C’était en 1988. Je ne suis jamais parti … par amour. J’ai tout simplement rencontré ma femme et nous ne nous sommes plus quittés.

Un an plus tard, j’adhérais au Front national d’alors pour la première fois en même temps qu’un ami qui m’est cher : Louis Aliot, que vous connaissez probablement tous. Nous avions récupéré nos cartes chez nos voisins de Toulouse. Je me suis présenté pour la première fois à des élections en 1988, dans le canton tarnais de Vaour. Pour l’anecdote, j’ai été très tôt médiatisé, puisque malgré mes 7 %, Le Figaro m’avait attribué le score du candidat RPR d’alors. Tout le monde s’est mis à commenter « la surprise Cabrolier ». Ça m’a valu un coup de fil de Jean-Marie Le Pen qui avait tenu à me féliciter, j’ai dû lui expliquer la réalité de la chose !

Quelles sont les étapes marquantes des dernières décennies qui ont pu, selon vous, amener à ce score record pour le Rassemblement National ?

Si vous vous souvenez bien, l’ancien siège du Front national avait pour surnom le Paquebot. Un tel bateau peut tanguer, mais il ne rompt jamais. Nous avons été assaillis par des petites flottes, mais nous avons tenu sur la durée. De nombreux épisodes difficiles ont émaillé la vie de notre mouvement : la scission avec Mégret, la concurrence de listes proches et de qualité comme celle de Pasqua et Villiers en 1999 aux européennes, dernière Eric Zemmour. Nous n’avons jamais réellement paniqué. Comme Marine Le Pen l’a dit, notre force c’est d’avoir ce calme propre aux vieilles troupes qui ont affronté tous les champs de bataille. Nous sommes un parti avec beaucoup de cadres et de militants qui ont de la bouteille On ne lâche rien. Autre chose, les gens nous connaissent maintenant. Dans le Tarn, je me suis présenté à des élections constamment depuis 1988, je suis élu d’opposition à Albi, j’ai longtemps été Conseiller régional, etc.

Lire aussi : Ils voulaient de la représentation, ils l’ont eue

Diriez-vous que le « cordon sanitaire » a disparu dans votre circonscription ? Cela a permis votre victoire ?

Je dirais qu’il a disparu non seulement dans ma circonscription mais aussi en France. C’est une vision très parisienne cette histoire. Dans la ruralité et les villes moyennes, le Rassemblement national fait partie du paysage. Ce qui existe toujours et qui est vrai c’est que dans une majorité des grandes métropoles, l’essentiel de la population est hermétique à notre discours. Il y a beaucoup de « bobos », même si le terme est imprécis, de jeunes étudiants très sensibles à l’air du temps, des banlieues avec un fort taux d’immigration qui sont captées par LFI. Mais ce n’est pas un cordon sanitaire, il s’agit plutôt de sociologies difficiles à travailler pour nous.

Je n’aurais jamais pu gagner à Toulouse, mais il est possible de faire des percées dans les villes moyennes, y compris de gauche. Ce qui s’est passé ces dernières semaines à Albi est ainsi très révélateur. Avec  34 % au second tour, Marine Le Pen y a battu le record historique du mouvement … j’ai fait 46 % le 17 juin ! Vous vous rendez compte ? Aux dernières élections municipales, j’étais à 11 %…

Je serai un député d’opposition, mais une opposition constructive. Pas bête et méchante comme le fera la NUPES

Comment expliquez-vous cette progression fulgurante que peu d’observateurs, y compris locaux, envisageaient ?

Il y a plusieurs facteurs. D’abord et avant tout, la dynamique nationale. Pour ce qui concerne les enjeux spécifiques de ma circonscription, je crois que mon adversaire de la NUPES était très clivant et faisait figure de repoussoir. Même s’il venait du PS, ce qui aurait pu être un atout, il était considéré comme un traitre par ses anciens camarades. Le président socialiste du département du Tarn a attendu 5 jours entre les deux tours pour dire qu’il ne fallait pas une voix au Rassemblement National. Il est donc resté dans une position de « ni ni » pendant plusieurs jours. Il a fallu que Carole Delga lui force la main. Elle avait d’ailleurs présenté un candidat socialiste dissident qui a terminé troisième au premier tour, avec 9 %. Je pense que certains de ses électeurs, attachés à une gauche d’autrefois, républicaine et laïque, se sont abstenus. Je n’aurais pas eu cet alignement des planètes avec un discours droitier à la Zemmour. Nous sommes d’abord des nationaux, bien évidemment plus de droite que de gauche, mais avec le souci des classes moyennes et populaires.

J’ai aussi montré beaucoup de clarté sur des sujets locaux importants. J’ai tapé où ça faisait mal. Mon concurrent s’est ainsi prononcé pour la fermeture du circuit d’Albi ! Ici, c’est une institution. Sur le passage de l’autoroute Lyon-Toulouse qui est de compétence étatique, il ne s’est pas exprimé. Il n’a pris aucun risque. Je me suis mouillé en défendant le contournement, parce qu’une autoroute sur une rocade est contraire à toute logique, y compris celle du Grenelle de l’environnement. Ce serait un suicide sanitaire. J’ai aussi parlé des éoliennes, alors qu’il a fui sur ce sujet. Évidemment, les questions de sécurité et de communautarisme ont beaucoup joué. Ici, cela fait l’unanimité chez tous les électorats.

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Quel député serez-vous ? Dans une démarche constructive ou strictement d’opposition ?

Un député d’opposition, mais une opposition constructive. Pas bête et méchante comme le fera la NUPES. C’est déjà ma démarche au conseil municipal albigeois. Ma vocation c’est l’intérêt général. On votera pour tout ce qui favorisera les Français, et contre tout ce qui tapera les classes moyennes et les plus démunis. J’aurais aussi à cœur de défendre les forces de l’ordre et les agriculteurs. Je veillerai à ce que l’école ne soit pas un champ d’expérimentation sociologique mais un lieu d’apprentissage. C’est un sujet qui interpelle les parents, tous bords confondus. Il faut restaurer l’autorité à l’école, c’est ainsi que les maîtres et les maîtresses seront respectés. Pas d’autorité, pas de calme. Pas de respect, pas de progression. J’ai longtemps été éducateur de football, tous les gamins peuvent s’en sortir, mais pour ça il faut du bon sens et une discipline minimale.

Votre victoire en amènera d’autres ?

Dans certaines municipalités oui. Bacou a fait près de 40 à Graulhet, il peut gagner le prochain coup. Albi c’est trop compliqué. La ville est gouvernée au centre mais vote à gauche au national. N’oubliez pas que c’est une préfecture et une ville de culture, avec de nombreuses facultés. C’est aussi la ville de Jaurès. Son ADN est à gauche. Un candidat de Zemmour à ma place n’aurait jamais pu faire ce que j’ai fait. Je n’ai pas joué sur le clivage droite – gauche, même si ça a joué à la marge dans la ruralité.

En revanche, il y a eu un front « tout sauf l’extrême-gauche », dont les excès commencent à effrayer des gens qui n’auraient pas envisagé de voter Rassemblement National autrement. Le vote anti Mélenchon est devenu plus fort que le vote anti Marine. La police tue est une phrase qui a choqué. Sur le terrain, j’ai expliqué le principe présomption de légitime défense. J’ai martelé que les voyous tuaient. Tout le monde valide cela. Tout le monde, pas que les électeurs du Rassemblement National.

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