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Italie : il y a quarante ans, Aldo Moro était assassiné

Par

Matteo Gaduelo

Publié le

22 mai 2018

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@DR

 

Le 9 mai 1978, les terroristes communistes des Brigade Rouges assassinaient Aldo Moro, Président du parti de la Démocratie Chrétienne, après un enlèvement de 55 jours et l’exécution des cinq policiers qui assuraient sa protection. Encore aujourd’hui les célébrations pour cette tragédie humaine et politique alimentent des discussions sur la scène médiatique.

 

Pendant les années de plomb Barbara Balzerani faisait partie du groupe romain des Brigades rouges. Elle a participé activement au rapt d’Aldo Moro, au meurtre du magistrat Girolamo Minervini, directeur de l’administration pénitencier, et à la séquestration du général américain James Lee Dozier. Arrêtée en 1985 et condamnée à la perpétuité, elle ne s’est jamais repentie ou dissociée de son action terroriste. Pendant sa détention elle a publié une autobiographie qui a eu un discret succès éditorial. Après avoir purgé la totalité de sa peine, en 2011, elle a commencé une carrière d’écrivaine. Son dernier ouvrage publié en novembre dernier raconte une rencontre avec une autre détenue d’origine africaine pendant sa détention. Le 9 mai 2018, quarante ans jour pour jour après la séquestration d’Aldo Moro dans un squat à Florence, madame Balzerani  a tenu des propos très durs envers les familles des victimes lors d’une rencontre de dédicace de son dernier livre. Assise à un bureau devant un drapeau rouge sur lequel était écrit « Viva Lenin » accompagné de faucille et marteau, elle a partagé sa vision des choses devant une cinquantaine de personnes. Pour elle, les victimes en font désormais profession, capitalisant sur les drames qu’elles ont vécus. Peu importe si ces victimes ont obtenu ce triste statut à cause de sa cruauté et folie politique.

Le 9 mai 2018, quarante ans jour pour jour après la séquestration d’Aldo Moro dans un squat à Florence, madame Balzerani  a tenu des propos très durs envers les familles des victimes lors d’une rencontre de dédicace de son dernier livre

Madame Balzerani revendique le droit de s’exprimer, parce que, selon elle, les victimes auraient aujourd’hui le monopole de la parole. Difficile à saisir alors même que des éditeurs lui permettent de publier ces écrits et que des personnes l’invitent à les promouvoir. La formule et l’idée qui complètent le raisonnement de l’ancienne terroriste sont choquantes. Une victime d’un accident routier ne le reste pas à vie, mais seulement le temps nécessaire pour remettre en place son fémur. Hélas, madame Balzerani oublie de partager avec les spectateurs son opinion sur le temps maximal dont devraient disposer les victimes et leurs familles avant qu’on puisse les mépriser de nouveau. Un jour plus tard, Maria Fida, l’une des filles de l’ancien Président de la Démocratie Chrétienne, a publié sur les réseaux sociaux un message sous forme de vidéo. Son désir est très clair : elle demande directement aux anciens terroristes de garder le silence et de faire preuve de décence. Permettre à ces individus de propager leurs messages haineux ne facilite pas la réconciliation entre les partis. Parallèlement, en 2016, une autre fille d’Aldo Moro, Agnese, a entrepris de débattre dans les écoles et les centre culturels avec deux anciens terroristes de Brigades Rouges repentis de leurs actes, Adriana Faranda et Franco Bonisoli. Après deux ans de ces discussions, Agnese Moro a choisi de pardonner les responsables du meurtre de son père.

 

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Un an avant l’assassinat du politicien, Franco Bonisoli avait participé à Milan à un attentat contre le journaliste Indro Montanelli. Les brigadistes tirèrent des coups de feu en direction des jambes du directeur de Il Giornale, selon un mode opératoire épouvantable utilisé par les terroristes pour effrayer leurs adversaires politiques. Dix ans après, Bonisoli et Montanelli se sont croisés de nouveau lors d’une exposition d’œuvre d’art réalisés par les détenus de San Vittore, la prison de Milan. Les deux hommes se connaissent mieux, une estime mutuelle est née. Le dialogue et la confrontation entre les individus portent naturellement à l’apaisement. Madame Balzerani a raté l’occasion, probablement pour toujours.

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