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Marion Maréchal : « Le défi du bateau de Thésée face à l’immigration »

Par

Marion Maréchal

Publié le

12 avril 2023

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MM

Imaginez un navire. Un navire dont vous commenceriez par changer la proue, puis le gouvernail, la coque, le mât, la voile et enfin l’ensemble des pièces qui le constituent au fur et à mesure de leur érosion. Selon vous, à l’issue de cette transformation, sera-ce toujours le même vaisseau ? Cette image de Plutarque dans Vie de Thésée offre le support pour une réflexion essentielle sur l’identité. Imaginons que ce bateau soit notre civilisation et que vous en remplaciez le peuple, la culture, les mœurs, la religion, serions-nous toujours devant la même civilisation ? Telle est la question vertigineuse que nous posent l’immigration de masse et son corolaire, l’islamisation.

Bien sûr, malgré le grand remplacement à l’œuvre, la France sera toujours sur le continent européen, elle aura toujours les mêmes frontières, les mêmes paysages, du moins si elle échappe à la bétonisation accélérée et aux champs d’éoliennes, elle conservera certainement le même nom. Sera-t-elle pour autant la même ? La réponse semble évidente.

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Pourtant, elle ne s’impose pas si aisément en France, un pays dont les élites résument bien souvent l’identité nationale à une simple idée aux « valeurs » fluctuantes selon les époques. Car, bien entendu, si la France n’est pas un corps charnel, mais un imaginaire, un objet de dialectique, alors elle devient nécessairement la proie permanente des idéologies et des intérêts politiciens du moment.

L’exemple polonais devrait pourtant nous éclairer sur les ressorts de la permanence d’une nation. Ce pays cent fois martyrisé, occupé, disloqué, annexé a survécu dans son être, malgré les soubresauts de l’histoire, car le même peuple a su se faire passeur de flambeau dans l’obscurité. Or, rien de plus concret qu’une civilisation, cet « ensemble des façons de vivre, de sentir, de penser, de croire et d’agir d’une société humaine » d’après Yves Renouard dans ses Leçons sur l’unité française. Durant des décennies, toutes ces façons s’imposaient telle une évidence et constituaient le cadre naturel de l’assimilation. Il fallait bien s’imprégner de quelqu’un et de quelque chose. Qu’en est-il de ce « quelqu’un », quand, dans de nombreux quartiers de France, les personnes immigrées ne sont plus au contact du peuple historique, car celui-ci est devenu minoritaire sur ces territoires ?

Qu’en est-il de ce « quelque chose », autrement dit de la culture de référence, dans une société qui refuse de penser et de définir sa propre identité, encore moins d’affirmer sa supériorité et sa primauté sur son sol ? Entendons-nous, le boubou, la musique orientale et le muezzin sont tout à fait respectables, ils ne sont simplement pas français. L’entreprise est d’autant plus ardue que les gauches occidentales militent pour la destruction de toute forme de repères dont les limites permettent justement de dessiner une matrice culturelle collective.

Jamais dans l’histoire, on n’a vu une nation encourager et applaudir son propre effacement

À l’heure où il devient suspect de se définir comme homme ou femme, réactionnaire de se dire père et mère, raciste de se dire blanc, ridicule de se dire chrétien, dominateur de s’affirmer hétérosexuel, intolérant de s’inscrire comme héritiers d’une culture à la croisée de Rome, de la Grèce et de Jérusalem, qu’avons-nous à dire de nous ?

La culture et l’histoire nationales sont diabolisées jusque dans les écoles de la République où l’on explique aux enfants immigrés que les héros, les chefs et les saints de leur pays d’accueil sont des salauds, des collabos et des colons. On ne peut rester que pantois devant l’énergie que mettent les gouvernements français successifs à faire détester leur pays aux nouveaux arrivants tout en cherchant à les convaincre de conserver leurs appartenances d’origine. Jamais dans l’histoire, on n’a vu une nation encourager et applaudir son propre effacement. Les conséquences sont multiples et chaque jour palpables. Ce qui se devine par le vécu, se confirme dans les études : les sociétés multiculturelles sont des sociétés de défiance. La défiance provoque la distance sociale entre les citoyens et la distance facilite la violence et les oppositions tribales.

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Le sentiment fraternel s’estompe car l’on ne se reconnaît plus dans l’autre et la solidarité sur laquelle s’établit l’État-providence se disloque. Les Danois l’ont compris: entre la sauvegarde de l’État-providence et l’ouverture des frontières, un choix s’impose. Ajoutez à cela un peuple qui ne trouve pas la volonté de se reproduire et vous comprendrez qu’il ne s’agit pas simplement d’un homicide mais bien d’un suicide.

Paul Valéry le disait déjà en 1919: « Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic […] Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. » Là est le combat politique vital et historique : entretenir le bateau de Thésée, échapper au destin funeste de l’épave et faire en sorte que les trésors d’intelligence, de sagesse, de beauté et de fidélités mutuelles de notre civilisation traversent les flots sans encombre jusqu’aux rivages de la génération suivante.

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