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Le mont Athos : un lieu mythologique et spirituel

Par

Emmanuel Delhoume

Publié le

9 décembre 2021

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athos

Je me suis rendu quatre fois à l'Athos entre 2018 et 2021, pour y rencontrer un lieu, des hommes et une histoire qui plongent au cœur des fondements de notre civilisation. Une identité défendue vaillamment sous l'occupation ottomane, avec un mode de vie unique dans notre Europe contemporaine.

Le premier voyage correspondait pour moi à une quête intérieure, identitaire et surtout spirituelle. Je ne connaissais l'Athos que par les livres, les films et par la rencontre de quelques pèlerins. Voyager en Grèce, c'est aller aux racines de notre civilisation, s'inscrire dans une histoire, croiser les dieux, les géants et les aventuriers. Aller à l'Athos, c'est encore plus que ça.

Mythologie et histoire

L'Athos : la mythologie lui donne le nom d'Acté et rapporte que cette montagne avait surgi de la mer Égée après la lutte ardente de Jupiter avec un Titan. Le géant aurait détaché la masse d'un rocher de la Thrace pour le précipiter dans les flots. D'après l'Illiade, Junon fuyant l'Olympe s'était arrêtée sur son sommet. Eschylle, dans Agamennon, raconte que de grands feux allumés au sommet de l'Athos annoncèrent à l'Hellade la chute de Troie. Voilà pour la légende.

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Côté histoire, pour comprendre l'Athos d'aujourd'hui, il faut parler de la fondation de la Lavra par Athanase l'Athonite en 963 qui ouvre une période brillante jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Viendra alors une ère de décadence nommée la turcocratie qui débute par l'assujettissement de la république athonite et se terminera par sa libération et son rattachement à la Grèce en 1912.

Je suis arrivé pour la première fois à l'Athos le 27 octobre 2018, au petit matin par la mer, unique porte d'entrée. S’y rendre demande des mois de préparation, l'obtention du diamonitirion et un passage obligé à Ouranopoli pour le retirer au petit matin et pouvoir embarquer. Ouranopoli la ville du ciel, l’unique d'accès.

Un chapelet de monastères

Au bout d'un certain temps de navigation, j'ai vu apparaître les monastères et alors une première surprise : le bateau s’est arrêté au port du premier monastère. Alors, j’ai préféré descendre au monastère suivant, celui de Saint-Panteleimon, fondé en 1051 et connu sous le nom de Rossikon. Son destin est lié à celui de la Russie et sa prospérité a pris fin avec la Révolution de 1917. J’ai dû attendre des heures pour y être accueilli au milieu d'une immense foule d'hommes, russes et ukrainiens en grande majorité. La règle nous imposait de passer une seule nuit par monastère. C’était un immense dortoir. Le temps à l'Athos n'est pas le nôtre, il est fixé sur l'heure byzantine basée sur le soleil, harmonie de l'homme et de la nature. Le calendrier est julien et le rythme de l'Athos est liturgique. Le lendemain matin, après la divine liturgie en slavon et une collation, je me suis mis en route vers le monastère de Xéropotamou. C'est un monastère ceinturé de remparts énormes dévasté au XIVe siècle. Deux fois incendié par les pirates, il fut restauré vers 1600 par Alexandre, voïvode de Valachie. Malheureusement, l'hospitalité m'y a été refusée car nous étions un dimanche. J’ai donc dû marcher jusqu'à Dafni puis prendre un bus afin de me rendre dans la capitale Karyès, ville martyre des croisés latins en 1282. [...]

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