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Le peuple contre la démocratie

Par

Marc Obregon

Publié le

7 octobre 2021

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GJ

Vous n’êtes pas démocrate ? Vous ne considérez pas le suffrage universel comme le nec plus ultra du politique ? Vous observez d’un œil mi-amusé mi-navré son grand spectacle cyclique, avec ses campagnes publicitaires, ses joutes calibrées et ses réunions purgatives, ses adversités complices soigneusement mises en scène par les médias et ces faussaires de l’opinion que sont les instituts de sondage ? Alors soyez mille fois maudit. La démocratie, c’est peut-être la dernière chose qui entretient le mirage de notre civilisation occidentale, c’est son ultime promesse, ce socle abstrait dont la tâche consiste à faire tenir encore le double fond de notre histoire, ce sol troué de chausse trappes et de mécanismes de music-hall. Si vous n’êtes pas démocrate, vous êtes un moins-que-rien, un relaps, vous serez honnis par tous au nom de cet idéal républicain, égalitaire et libertaire dont la démocratie s’arroge encore tous les bénéfices. Faire votre coming-out de non-démocrate, c’est vous assurer une vie de paria, c’est vous condamner à errer à jamais dans les catacombes de la vie politique.

Une chimère de la modernité

Et pourtant la démocratie ne va pas de soi. À la considérer aujourd’hui, du haut de notre ère technique et financiarisée, elle nous paraît même relever d’un doux songe, d’un idéal immédiatement enterré dans le charnier des pulsions jacobines, dans la glaise du Nouveau-Monde et dans ses conclaves libertariens. Non, la démocratie ne va pas de soi, car elle n’est pas un système, ni un modèle organisationnel, c’est tout au plus un mode de captation du pouvoir, une nouvelle séquence dans l’organisation de l’oppression systémique, une grande fiction déployée par le rationalisme pour nous faire passer le goût de la transcendance. Bien sûr, pour vous qui lisez L’Incorrect et fréquentez les salons en vogue du club illibéral, c’est un secret de polichinelle. La démocratie adossée au capital est probablement une chimère politique des plus toxiques et des plus totalitaires, mais elle est si intriquée à notre existence, à notre culture, à notre cognition même que vouloir s’en détacher reviendrait presque à vouloir se séparer de son système nerveux. La démocratie est partout en nous, elle tatoue chacune de nos cellules, elle précède notre parole, elle nous a donné le goût du sang. [...]

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