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Mai 2018 : l’âge adulte en PLS

Par

Nicolas Pécari

Publié le

2 juin 2018

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@DR

 

Pierre, 21 ans, est un jeune homme engagé. Il a fait ses premières armes à l’UNEF, à la Sorbonne. La sélection à l’université, il est contre ! Le service public est accessible à tous et l’enseignement en fait partie.

 

Le reste ça lui est égal, la cruauté du marché du travail et la sélection accrue à l’emploi il n’y pense pas ! La dévalorisation du diplôme par l’accès généralisé, foutaise : avec un bac+5 tu fais ce que tu veux !  Seulement avec le même bac+5 que tous tes petites camarades, Pierre, seuls les réseaux vont fonctionner et l’égalité que tu cherchais alors n’en sera que plus mise à mal…  Magnifique paradoxe de la « révolution » étudiante ! Mai 68 a connu le même sort, en voulant condamner l’utilitarisme et l’argent roi, Mai 68 a fait entrer la France dans l’ère du consumérisme ! Mais ça Pierre, biberonné à la tv mainstream et à Konbini il ne le sait pas, ou plutôt il s’en fout. Ce mardi, il manifestait auprès de ses camarades opprimé.e.es, étudiant.es.s et cheminots au sein d’une belle et républicaine convergence des luttes. “Pour un bac national, pour une université ouverte” scande-t-il avec ardeur. Aujourd’hui, il n’ira pas en cours, toute la semaine non plus d’ailleurs, par solidarité avec les cheminots et les victimes d’un système universitaire inégalitaire. Sa licence de lettre moderne attendra après tout. Sa camarade de cortège, Léa, en licence de Genre ajoute sa touche inclusive : sur la pancarte qu’elle brandit fièrement, on peut lire: «soutien aux étudiant.e.es opprimé.e.es».

 

Lire aussi Mai 2018 à la Sorbonne

 

Le lendemain, devant sa fac, il milite, il distribue des tracts de l’UNEF, sur lesquels on peut lire, « non à la sélection », ou encore « la sélection, ore de question » magnifique étalage de leurs connaissances orthographiques. Les étudiant.e.es, pressés d’échapper à cet idéologue non racisé passent en coup de vent devant lui. Enfin, au bout de quelques heures de labeur, un professeur s’arrête. Il est connu. Lui c’est le prof d’éducation citoyenne. Ce dernier lui lance « Continuez mon jeune ami, il ne faut pas se laisser marcher dessus par ces droitards du gouvernement. Il y a une AG du corps professoral dans quelques heures, je compte bien y faire adopter la note politique de 20 aux examens ! » Le soir-même une manifestation est organisée entre Sorbonne nouvelle et le Panthéon. La lutte est acharnée et les étudiant.e.es sont chauffés à blanc par des agitateurs, aussi étudiants que ces derniers sont révolutionnaires. Le ton est donné : « Tout le monde déteste la police», cocktails et pavés… Résultat : Pierre se retrouve au poste pour 48 heures. ?Ses parents vont être fous de rage. Le paternel, avocat au barreau de Paris va en faire une de ces têtes ! Sa mère finit par se présenter au commissariat, son père est en audience. Elle a rassemblé une cohorte de parents et ils manifestent devant le poste. De l’intérieur, Pierre entend des clameurs monter : on dénonce l’Etat fasciste, on compare Macron à un sombre dictateur sud-américain qui enferme ses opposants politiques, on déteste la police. L’enfant est roi, la jeunesse reine, les parents ont fait 68.

 

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Le médecin appelé au poste pour vérifier l’état de santé de ces jeunes « révolutionnaires » délivre le diagnostic, « C’est la crise d’ado ».

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