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Osamu Tezuka est-il éternel ?

Par

Marc Obregon

Publié le

7 mai 2021

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Un succès tardif en Europe qui s’explique d’abord par une personnalité discrète, effacée derrière un monstre de travail et d’humilité. Comme tous les grands créateurs d’univers, Tezuka ne se donne pas facilement : à l’instar d’Hergé et de Walt Disney, le discret petit homme au béret a été presque dévoré de son vivant par son propre mythe, par une œuvre à la fois tentaculaire et visionnaire, dont on peine encore aujourd’hui à évaluer l’impact sur les jeunes générations.

Si le dessinateur a connu un statut presque hégémonique dans les années 60 et 70, son héritage a été pendant quelque temps distancé : la concurrence est grande au Japon, pays où le dessin est probablement le principal moyen d’expression. Pourtant, on revient toujours à Tezuka : Delcourt sort en juin le deuxième volume de Tezucomics, un ouvrage collectif en forme d’hommage et de prolongement. Jeunes auteurs et dessinateurs ont choisi chacun une œuvre du maître qui leur est chère et se sont pliés à l’exercice du spin off (bourgeonnement narratif). La profusion d’images et de scénarii qui en a été tirée prouve à quel point l’œuvre de Tezuka, se montrant en dehors du temps, demeure donc d’une contemporanéité fulgurante.

Oui. Tezuka s’est illustré dans tous les genre (il en a même inventé)

D’une curiosité presque pathologique, Tezuka s’intéresse à tout, se renseigne sur tout et fait feu de tout bois. Est-ce grâce à ses études de médecine ou à sa passion pour les insectes ? En tout cas, son ambition narrative lui donne des airs de démiurge et ses plus grands chefs-d’œuvre montrent des personnages conduits à leurs extrémités. C’est pourquoi les genres se télescopent chez Tezuka, parfois à l’intérieur d’une même bande dessinée : on peut passer sans problème de la romance au récit humoristique, sans oublier l’horreur pure qui éclate parfois au détour d’une page, sans pré- venir, dans une outrance parfois grotesque.

Son ambition narrative lui donne des airs de démiurge et ses plus grands chefs-d’œuvre montrent des personnages conduits à leurs extrémités

L’alter-ego de Tezuka, Black Jack, est d’ailleurs un chirurgien ténébreux dont le visage couturé comporte une greffe de peau d’origine inconnue : tout Tezuka est là, dans cet aspect discrètement composite. Tezuka ne s’embarrasse pas d’étiquettes : l’histoire passe avant tout le reste. Cette exigence le confine à inventer des formes : dans MW, par exemple, il compose une étrange romance homosexuelle mâtinée de thriller et de fantastique, qui influencera des myriades de mangakas. Pionnier de l’animation, il s’illustre dès le départ avec des courts-métrages conceptuels comme Histoires au coin de la rue et son esthétique qui rappelle les fameux génériques de Saul Bass.

Oui. Son dessin est intemporel

Tezuka ne s’est jamais remis de sa vision de Bambi. Il en a tiré cet amour des courbes pures, des visages de faons. Un dessin volontiers classique qu’on a souvent pu trouver daté : c’est méconnaître une œuvre en perpétuelle mutation, qui expérimente tout en tâchant de tendre vers le trait parfait. Comme Hergé, Tezuka associe le souci du détail à celui de la compréhension, et son découpage narratif fait école par sa clarté. Maître de l’étirement du temps, il ventile sa narration avec des procédés toujours inventifs. Dans Astro Boy, son œuvre la plus connue, son trait explore parfois l’esthétique totalitaire, les affiches de propagande soviétiques ou futuristes : précisément parce que l’histoire le justifie. De même, il a créé toute une galerie de personnages récurrents qui sont de véritables signatures visuelles autant que narratives – dont le fameux « Moustache » qui est désormais un archétype de la culture graphique nippone.

Oui. Il parle depuis la fin des temps

 On ne dira jamais à quel point le Japon est hanté par la sidération atomique, et a su la transcender : Tezuka n’aura de cesse de traduire ce traumatisme. Il en tirera une sagesse et un pacifisme syncrétiques, visibles notamment à travers ses grands récits historiques, empreints d’un humanisme jamais mièvre, qui tend plutôt vers la fresque monumentale. Néanmoins, la noirceur ne le quitte pas, c’est ce qui rend son œuvre toujours aussi surprenante, capable d’abîmes comme de hauteurs[...]

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