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[Portrait] Peno La Cuenta : du rap à la rapière

Par

Ange Appino

Publié le

27 juin 2022

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Peno
Il y a les portraits qu’on écrit et ceux qu’on a envie d’écrire. Celui de Peno la Cuenta, Edwin de son vrai prénom, appartient à cette dernière catégorie. Ça commence avec son sourire confiant posé au milieu d’une ganache blonde-bleue que la Wehrmacht n’aurait pas reniée, et ça continue avec ce flot de parole facile, celui des barmen qui finissent immanquablement la soirée avec l’avion de chasse du rade. Oui, après cinq minutes de discussion, on imagine sans trop de difficulté les boîtes, les éclats de rire noyés d’alcool et d’autres substances psychotropes, cette vie de galère et de joie que cèlent les métropoles contemporaines. C’est sans doute à cinq heures du mat’, au milieu des regards hagards des copains et de l’odeur de vomi persistante des Noctiliens qu’Edwin a chopé cette gouaille et ces observations qui nourrissent ses vidéos et l’ebook qu’il a publié au mois de mars, Guide de survie en milieu hostile. Alors qu’il ne s’est jamais interrogé sérieusement sur la politique, à force d’être traité de fasciste, il suppose pencher à droite Les milieux hostiles, il connaît, puisqu’entre deux mutations de son père gendarme, il a grandi à cheval sur les Côtes d‘Armor et la Seine-Saint-Denis. Le nœud de contradictions qui constitue le jeune homme commençait à se tisser. Entre la pêche sur une mer d’huile à l’aube au large de l’Île Grande et les histoires de shit en bas des tours, il y a de quoi devenir schizophrène. L’amour de la France et du rap des années 90 où il grandit, celui d’IAM, de MC Solaar et de toute la bande, s’enracine chez le jeune homme, et donne son style si particulier dont il a conscience : « Le domaine que j’occupe n’existe pas. Le rap n’est pas compatible avec la droite ». De droite, il a découvert qu’il l’était en 2016, quand il lance à 25 ans, après un parcours scolaire rendu chaotique par son… « mode de vie » sa page Facebook du Pen Noël. Il y fait des memes sur le fondateur du FN, où ce dernier est affublé d’un bonnet de Père Noël, dont il « admire les punchlines, le bagout ». Alors qu’il ne s’est jamais interrogé sérieusement sur la politique, à force d’être traité de fasciste, il suppose pencher à droite. Le début des ennuis. Il finit par contacter le dessinateur Marsault dont il aime le coup de crayon pour qu’il lui fasse de la pub sur sa propre page. Mieux que ça, ce dernier, convaincu du talent de Peno, reprend en dessin son personnage du Pen Noël. « Ma page est passée de quinze mille à cinquante mille j’aime. Je suis entré dans le game ». Au-delà de la collaboration, une amitié profonde naît entre les deux hommes, « en toute hétérosexualité », assure un Peno espiègle. Alors qu’il cherche un stage de finn d’étude pour son école d’informatique, il rentre un peu grâce à Marsault chez Ring, dont il va gérer la communication digitale. [...]
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