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Procès des bombardements de Bouaké : Le secret reste de mise

Par

Marc Obregon

Publié le

23 avril 2021

Partage

Bouaké

« Nous ne vous oublierons pas ». Ce fut la phrase prononcée par le président Chirac en 2005, pendant la cérémonie funéraire organisée en l’honneur des 9 militaires morts en Côte d’Ivoire suite à un bombardement. Pourtant, presque 20 ans plus tard, la France les a bel et bien oubliés, eux et leurs familles, et ce n’est pas le procès fantoche qui s’est tenu il y a quelques jours qui risque de changer la donne. Si le verdict a suivi la recommandation des avocats (perpétuité pour les pilotes des avions qui ont bombardé la base française), il ne s’applique qu’à des fantômes depuis longtemps disparus, exfiltrés dans des conditions obscures. Les deux principaux accusés, deux mercenaires d’origine biélorusse, n’ont ainsi jamais été retrouvés : ils se sont tout simplement évanouis dans la nature depuis 17 ans, et ce malgré les mandats d’arrêts internationaux. En cause, une enquête menée sans conviction, dont un rapport accablant des Nations Unies a évoqué les zones d’ombre. Plus que ça, la France aurait délibérément entravé l’enquête pour défendre le secret militaire. En réalité, avec ce procès par contumace dont les familles n’attendaient plus grand-chose, c’est la Françafrique qui refait surface, et avec elle toute une cohorte d’intrigants qui ont soigneusement effacé les traces de leur intrusion dans la politique intérieure de la Côte d’Ivoire.

Une forme de guerre

Retour sur les faits : fin 2002 en Côte d’Ivoire, ancien fief de l’opulence franco-africaine, l’élection de Laurent Gbagbo passe mal, alors que le concept d’ivoirité, remis au goût du jour par le nouveau président, exclut de nombreux groupes ethniques et réveille de vieilles tensions. Le Mouvement Patriotique de Guillaume Soro occupe bientôt tout le nord du pays avec l’appui de troupes venues du Liberia, et les multiples cessez-le-feu ne sont signés que pour être immédiatement trahis. Exactions, viols de masse et actes de barbarie sont ainsi perpétrés sur tout le pourtour de la région du Worodougou et dans la vallée du Bandama. Dans ce contexte délétère, la France décide d’intervenir, bien décidée à conserver ses intérêts dans le pays. [...]

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