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Sonia Mabrouk par Mathieu Bock-Côté

Par

Mathieu Bock-Côté

Publié le

15 mars 2023

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Mabrouk

J’étais très heureux qu’Arthur de Watrigant me demande de faire un petit portrait de Sonia Mabrouk pour L’Incorrect. Tous ceux qui me connaissent savent l’estime que j’ai pour elle, l’amitié, aussi, si je puis me permettre cette confession. Arthur a pris la peine d’ajouter : « Je ne te demande pas une chronique sur son livre, Reconquérir le sacré, je sais que tu la réserves pour le Figaro. Je veux que tu nous en dises un peu plus, toutefois, sur ce qui l’a conduit vers ce thème, le sacré. »

Ce qui me convenait parfaitement. Certains se sont étonnés, peut-être, de la voir l’embrasser.Sur les réseaux sociaux, les débiles habituels et les mondains « républicains » s’en sont offusqués, d’ailleurs. Ils voient le sacré comme un résidu appartenant aux périodes antérieures de l’humanité, dont l’émancipation moderne devrait nous délivrer. Ou alors, comme le font les sociologues, ils voient le sacré comme le simple résultat d’un processus de sacralisation qui peut se porter sur n’importe quel objet. C’est ce qu’on appellera le sacré des modernes.

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Mais ils n’ont pas l’idée d’y voir un substrat, une réalité ayant sa consistance propre, le sacré d’Eliade et de Caillois, autrement dit, que l’homme cherche ensuite à capter et à ritualiser, à travers le travail des religions, mais aussi des idéologies, qui tendent toutefois à le falsifier. C’est pourtant ce sacré là que recherche Sonia Mabrouk, et cela, depuis son premier livre. D’abord lors de ses conversations avec sa grand-mère, Le monde ne tourne pas rond ma petite-fille. Mais plus encore dans son très beau roman Dans son cœur sommeille la vengeance, où la quête de rédemption du personnage principal croisait une quête spirituelle culminant à la dernière page dans ce que je n’ose appeler une conversion. Car la conversion relève de l’intimité des âmes, à tout le moins dans le monde chrétien. Mais il y avait néanmoins dans ce roman le portrait d’une conversion au noyau spirituel de l’Occident.

On pourrait dire les choses autrement : nous savons assez spontanément ce contre quoi nous nous battons dans l’espace public, mais plus rarement sommes-nous capables de nommer ce qui nous pousse vers les barricades. Certes, il y a le bon sens, auquel Sonia a déjà consacré un ouvrage piquant. Mais le sens commun “nit par s’effondrer s’il ne tient pas sur autre chose que lui-même. Sonia Mabrouk ose ainsi nous rappeler qu’au cœur d’une civilisation, on ne trouve pas qu’une règle de droit ou des principes universels, mais un être-au-monde, une transcendance qu’aucune culture ne saurait renier sans se dessécher. Autrement dit, une conception du sacré qui féconde la vie.

Elle ne me l’a pas dit, mais je suis persuadé qu’elle n’est jamais aussi heureuse que lorsqu’elle prend la plume

Qu’on me permette maintenant quelques mots sur Sonia. C’est, je crois, la meilleure intervieweuse à œuvrer au cœur de l’espace public français. Les politiques aiment se présenter à son micro alors qu’elle ne leur fait pas de cadeau, et sait les pousser élégamment au cœur de leurs contradictions. Mais elle leur offre la possibilité d’aller au fond des choses. De ne pas se contenter de surfer sur l’actualité du jour, à travers les formules convenues engendrées par une société médiatique qui appauvrit le domaine de la pensée. Elle leur permet de dire le fond de leur pensée, s’ils en ont une.

Elle n’est toutefois jamais aussi heureuse que lorsqu’elle interviewe un grand intellectuel. Sonia est une (remarquable) journaliste de profession et une intellectuelle de vocation. Ce qui nous ramène à son livre. Elle ne me l’a pas dit, mais je suis persuadé qu’elle n’est jamais aussi heureuse que lorsqu’elle prend la plume. Elle se place alors sur une autre tonalité. Je me permettrai même de faire de la psycho de comptoir en disant que c’est alors qu’elle peut pleinement devenir celle qu’elle veut être. Ce livre joue un rôle très particulier dans son parcours, et cela, pas seulement à cause des pages très personnelles qu’on y trouve à propos de sa mère, qui prennent au ventre, qui frappent au cœur. C’est le livre où elle fait le pari d’aller jusqu’au bout de sa vocation, de l’assumer, en quelque sorte.

Je l’ai lu avec un immense bonheur. Elle nous livre ici un livre magnifique, qui prend à la fois la forme d’une méditation tout à la fois philosophique et existentielle. Il en annonce, j’en suis certain, plusieurs autres.


RECONQUÉRIR LE SACRÉ, SONIA MABROUK
Éd. de l’Observatoire, 144 p., 19 €

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