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Syrie, Libye, Haut-Karabagh : la Turquie d’Erdogan met de l’huile sur le feu

Par

Alexandre del Valle

Publié le

7 octobre 2020

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Rappelons que le Nagorny-Karabakh, arménien depuis deux millénaires, et qui avait été donné par Staline en 1921 à l'Azerbaïdjan voisin (ennemi séculaire) dans le cadre de la politique soviétique de divide et impera, s'était détaché de Bakou durant les années 1990 à la suite de la chute de l'ex-URSS, comme tant d'autres ex-républiques ex-soviétiques, au nom du droit (légitime) des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'Arménie, liée étroitement à cette république d'Artsakh (nom arménien du Haut-Karabakh), garda toutefois d'excellents rapports avec la Russie, qui y maintient la seule base militaire russe dans le Caucase (à Gyoumri). Toutefois, l'Azerbaïdjan, peuple turco-tatare musulman, très proche linguistiquement et politiquement de la Turquie, bien que chiite, et également lié aussi à Moscou, n'a jamais accepté qu'un pays ennemi héréditaire chrétien et non-turc se maintienne comme un obstacle naturel entre son peuple et la Turquie sœur. Certains adeptes du "panturquisme" auraient même voulu voir fusionner après avoir rayé de la carte ce verrou arménien.

Dans les médias turcs officiels, le régime "national-islamiste" d'Ankara martèle ainsi que la Turquie doit "aider la nation-soeur Azerbaïdjan à recouvrer ses terres occupées".

Alexandre del Valle

Allié indéfectible de Bakou, Ankara n'a jamais cessé de mettre de l'huile sur le feu du conflit du Karabakh, mais il est clair que depuis son alliance avec les ultra-nationalistes turcs du MHP (extrême-droite panturquiste violemment arménophobe), le président-sultan Erdogan est allé plus lain que ses prédécesseurs, encourageant ouvertement les Azéris à relancer une guerre contre les Arméniens du Karabakh qu'il veut "définitive". Dans les médias turcs officiels, le régime "national-islamiste" d'Ankara martèle ainsi que la Turquie doit "aider la nation-soeur Azerbaïdjan à recouvrer ses terres occupées". La Turquie d'Erdogan n'a cessé d'enchaîner ces derniers mois les marques d’hostilité à l’égard de l’Arménie, que le président-sultan lui-même présente dans ses discours comme "la plus grave menace régionale pour les Turcs". Rappelons qu'un mois avant le déclenchement des hostilités, en août dernier, l'armée turque a pris part à d’imposantes manœuvres militaires en Azerbaïdjan, et les F-16 qu’elles ont envoyés à l’occasion y sont restés, ce qui a permis d'abattre un avion d’attaque au sol Su-25 « Frogfoot » des forces aériennes arméniennes.

Yunus Kilic, un député? du Parti de la justice et du de?veloppement (AKP) d'Erdogan, a par exemple déclaré ces derniers jours que "les récentes attaques de l’Arménie ne visent pas seulement l’Azerbaïdjan mais le monde turc dans son ensemble »... Le ministre turc des Affaires étrangères a ainsi déclaré qu’Ankara se tenait aux côtés de l’Azerbaïdjan et «souhaitait la miséricorde d’Allah» aux soldats récemment tombés au combat. Ce langage théocratique d’Ankara sert à faire le lien entre l'islamisme néo-califal propre à Erdogan et aux Frères musulmans et l'ultra-nationalisme et donc de faire d'un conflit ethno-territorial un combat religieux existentiel. Ce narratif "national-islamiste" a déjà fait ses "preuves" en Syrie lorsque le "Rezi" Erdogan ("conquérant") a voulu convaincre les miliciens sunnites anti-Assad de rejoindre les milices turkmènes pour combattre sous "la bannière de l’islam» les «athées» Kurdes "terroristes" après avoir échoué à renverser le régime "kouffar" honni de Bachar. Idem pour la Libye où les mercenaires islamistes pro-turcs venus de Syrie ont défendu les "descendants de Turcs" du gouvernement de Tripoli et des milices islamistes Misrata, liés aux Frères musulmans, face aux "ennemis des Turcs et de l'islam" que serait le camp Haftar, quant à lui lié au Parlement de Tobrouk.

Une haine turco-azérie ancestrale envers les peuples arménien et kurdes à éliminer

Le néo-impérialisme belliciste turc se tourne maintenant contre les "envahisseurs arméniens liés aux 'terroristes' kurdes", une terminologie qui consiste à renverser les rôles et qui relève, comme on le verra de "l'accusation-miroir". C'est ainsi que le 25 septembre, le quotidien turc Daily Sabah écrivait que «l'Arménie transfère les terroristes des YPG/PKK dans la zone occupée pour former des milices contre l'Azerbaïdjan». Cette fake-news notoire a été démentie par Erevan et l'ensemble des services de renseignements occidentaux, mais bien que grossière, elle est bien reçue par les électeurs du AKP et du MHP pour qui les "terroristes" du «PKK» et les Arméniens sont toujours nécessairement liés entre eux comme tous les "ennemis du peuple turc", dont également les Grecs. Précisons que dans les médias turcs et les discours officiels d'Erdogan, les "terroristes" ne sont ni les Frères musulmans du Hamas ni les légions de jihadistes ex-membres de Daesh et Al-Qaïda recrutés comme "proxys" par Ankara mais essentiellement les Kurdes du PKK.[...]

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