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Théo Veillon : « Vivre à la campagne aujourd’hui n’implique pas de vivre avec des mœurs campagnardes »

Par

Robert Lafiotte

Publié le

8 novembre 2022

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campagne

Pourquoi avoir choisi le roman pour décrire la vie dans la France rurale ?

Je ne connais pas d'autre manière de parler du réel sans le trahir. Je voulais que le lecteur puisse plonger dans des vies qu'il n'a pas vécues, et particulièrement celles de nos campagnes. Le roman implique une magie de communion que le discours non-fictif peut difficilement rendre. La magie de la prose romanesque est de « légitimer » la voix de ceux qui sans la fiction n'existeraient pas ou existeraient mal. Rendre une voix humaine dans sa vérité et son intrépidité est le privilège du roman, il me semble.

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Ensuite, le roman se tourne vers ce que l'œil ne voit pas immédiatement : toutes ces choses impossibles à dire ou à décrire dans la vie courante. Ainsi, des situations quotidiennes deviennent extraordinaires parce qu'elles ont lieu dans un cadre inventé et qu'elles suivent le raisonnement particulier du narrateur. En outre, il est difficile pour un autre art que le roman de rendre les mouvements intérieurs, lents et sinueux, d'une âme. Or l'espace temporel permis par le roman, la lenteur possible de l'exposition, sa composition dégagée, la séparation structurelle narration/dialogues, tout ce qui concourt au procédé d'identification du lecteur aux personnages (et, par extension, à son empathie), me semblaient convenir à ce projet naturellement.

Votre récit est structuré par le déplacement. Quelle influence la géographie a-t-elle sur la conscience des jeunes ruraux ?

Du point de vue spatial, les jeunes ruraux ont conscience d'être « loin de tout ». Ils sont habitués au fait que dès qu'ils ont besoin de quelque chose ou d'aller quelque part, il faut utiliser la voiture. Les lignes de bus sont rares. Quand ils ont 14 ans, ils commencent à se rendre indépendants de leurs parents grâce à la moto ou au scooter. Après 18 ans, s'ils restent à la campagne, ils passent généralement leur temps en voiture et ne sortent du département que si leur métier les y oblige ou s'ils partent en vacances.

De là découlent trois cas de figure. Il y a ceux qui ont conscience que cet éloignement n'est pas grave et qu'ils trouveront tout ce dont ils ont besoin ici. Il y a ensuite ceux qui, tout en reconnaissant le privilège de vivre ici, sentent que des choses intéressantes se passent ailleurs. Enfin, il y a ceux qui vivent mal la vie à la campagne et souhaitent ardemment la quitter. Pour ces deux derniers cas, la conscience de l'éloignement peut devenir une rude épreuve, mais aussi le début d'une aventure. Tout est plus compliqué quand on est loin et qu'on va changer de cadre de vie. Ils savent qu'il y aura des conséquences pratiques à assumer.

« Si la géographie paraît neutre et statique, elle ne l'est pas dans sa relation à nous : la vie à la campagne imprime un sentiment particulier chez l'homme qui nous force à prendre position »


Théo Veillon

Ensuite, du point de vue sentimental, la conscience de la géographie est extrêmement différenciée chez les jeunes selon ce qu'ils vivent. Un jeune paysan qui se lève aux aurores pour donner à boire à ses bêtes n'aura pas la même expérience qu'un jeune habitant du bourg qui s'ennuie à mourir ou encore qu’un autre d'un lotissement résidentiel confiné dans un confort ultramoderne. La vie à la campagne imprime un sentiment particulier chez l'homme qui nous force à prendre position. Le lieu nous fera. Si l'on se ferme à lui, on n'empêchera jamais son influence sur nous. Les lieux observent les hommes agir et supportent leurs actions avec une impassibilité titanesque. [...]

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